L’article en bref
Jeanne Moreau incarne la voix mythique derrière cette chanson intemporelle de 1963.
- L’interprète légendaire : Jeanne Moreau, actrice et chanteuse française au timbre grave et unique, disparue en 2017.
- Le compositeur : Serge Rezvani (Cyrus Bassiak) signe paroles et musique, collaborant avec Moreau depuis 1957.
- L’enregistrement historique : La chanson est gravée en 1963 à Montreux lors du festival La Rose d’or, obtenant le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros l’année suivante.
- Une liberté assumée : Les paroles évoquent sensualité et liberté avec une audace remarquable pour l’époque, anticipant l’esprit de 1968.
La mémoire qui flanche, les mains qui jouent, un baiser sur la veine bleue du poignet… Difficile d’oublier cette chanson pourtant si bien nommée. Dès 1963, elle s’est gravée dans des générations entières, portée par une voix unique. Mais qui chante « j’ai la mémoire qui flanche » exactement ? La réponse tient en un nom : Jeanne Moreau, figure absolument indispensable de la chanson et du cinéma français.
Jeanne Moreau, la voix derrière « j’ai la mémoire qui flanche »
Une artiste aux multiples facettes
Née le 23 janvier 1928 à Paris, Jeanne Moreau n’est pas que comédienne. Actrice, réalisatrice et chanteuse, elle publie une dizaine d’albums personnels tout au long de sa carrière, affirmant ainsi une vraie singularité dans le paysage artistique français. Son timbre grave, légèrement cassé, colle parfaitement aux textes poétiques et chargés d’émotion qu’elle choisit d’interpréter.
Sa disparition le 31 juillet 2017 a laissé un vide immense, mais ses chansons continuent de circuler. D’ailleurs, la chanson qui nous intéresse a été ajoutée au catalogue numérique le 31 juillet 2023, soit six ans exactement après sa mort, par Catherine Laugier, dans les catégories Hommage et La Chanson du Jour. Une coïncidence troublante.
La collaboration avec Serge Rezvani
Derrière la chanson, il y a Serge Rezvani, alias Cyrus Bassiak. Ce compositeur et auteur polyvalent signe à la fois les paroles et la musique de « J’ai la mémoire qui flanche ». Sa relation artistique avec Jeanne Moreau remonte à 1957, quand il écrit pour elle et Jean-Louis Richard une première chanson taquine sur l’indécision amoureuse.
Ensemble, ils enregistrent deux albums : le premier en 1963, le second en 1967. Ces deux projets contiennent des titres comme « Tout morose », « La vie de cocagne », « La peau Léon » ou encore « La vie s’envole ». Autant de textes qui portent la même sensibilité poétique, la même liberté de ton.
Ce qui est captivant du point de vue cognitif, c’est la façon dont cette collaboration artistique s’ancre dans la mémoire collective. Certaines associations entre une voix, un texte et un contexte émotionnel deviennent quasiment indélébiles, un peu comme ce qu’on observe dans les mécanismes de mémoire à long terme et de rappel précis.
Un enregistrement à Montreux en 1963
La chanson est enregistrée en 1963 à Montreux, lors de La Rose d’or, pour la chaîne suisse RTS. Ce contexte festivalier lui donne immédiatement une exposition internationale. L’année suivante, elle reçoit le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros, une reconnaissance qui confirme l’impact immédiat de la chanson sur le public et la critique.
Les paroles évoquent une relation sensuelle et libre : un long baiser sur la veine bleutée du poignet, un homme très musicien, qui joue beaucoup des mains. C’est précis, charnel, audacieux pour l’époque. On est en 1963, soit cinq ans avant mai 1968, et cette liberté sexuelle assumée fait partie de ce qui rend la chanson si marquante et si moderne.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Interprète | Jeanne Moreau |
| Auteur-compositeur | Serge Rezvani (Cyrus Bassiak) |
| Lieu d’enregistrement | Montreux, La Rose d’or, RTS |
| Année | 1963 |
| Prix obtenu | Grand Prix du disque, Académie Charles-Cros (1964) |
Jeanne Moreau et le cinéma : une carrière aussi musicale que visuelle
Jules et Jim, le tournant de 1961
Difficile de parler de Jeanne Moreau sans évoquer François Truffaut. En 1961, il la met en scène dans Jules et Jim, film-culte qui marque un tournant dans sa carrière cinématographique. C’est ce même Truffaut qui demande à Serge Rezvani d’intégrer sa chanson « Le tourbillon » à la bande-son du film, en 1962. Ce titre devient aussitôt indissociable de l’image de Jeanne Moreau.
Cette double dimension, cinéma et chanson, est rare. Peu d’artistes réussissent à occuper les deux espaces avec autant de crédibilité. Jeanne Moreau, elle, y parvient naturellement, sans jamais sacrifier l’un pour l’autre.
Des collaborations marquantes jusqu’à la fin
Sa curiosité artistique ne s’éteint pas avec les décennies. En 2012, elle enregistre un duo avec Étienne Daho sur « Le condamné à mort », texte du poète Jean Genet. Ce projet confirme que Jeanne Moreau reste, jusqu’au bout, capable de se réinventer et de surprendre.
Voici quelques-unes des chansons phares issues de ses collaborations avec Rezvani :
- « J’ai la mémoire qui flanche » (1963)
- « Tout morose »
- « La vie de cocagne »
- « La peau Léon »
- « La vie s’envole » (1967)
Une popularité qui traverse les générations
« J’ai la mémoire qui flanche » s’est imposée bien au-delà de sa génération d’origine. Son succès touche au moins deux générations de public, ce qui est un indicateur fort de la solidité d’une œuvre. Les textes de Rezvani, portés par la voix grave de Moreau, ont cette qualité rare : ils sonnent aussi justes aujourd’hui qu’en 1963.
Du point de vue des sciences cognitives, ce type de chanson agit comme un ancrage mémoriel puissant. Elle encode non seulement les mots, mais aussi les émotions associées à une époque, une relation, un état intérieur. La mémoire n’est jamais passive : elle reconstruit, elle colore, elle réinterprète.
Écouter et redécouvrir la chanson aujourd’hui
Pour tous ceux qui souhaitent (re)découvrir cette chanson, elle reste facilement accessible sur les principales plateformes de streaming musical. Cherchez « Jeanne Moreau » ou « Cyrus Bassiak » pour retrouver les deux albums de 1963 et 1967. La qualité des enregistrements, même anciens, reste tout à fait appréciable.
Si cette chanson vous touche, c’est peut-être le bon moment pour examiner comment notre cerveau traite et conserve les informations musicales et émotionnelles. Certaines techniques permettent d’exploiter ces mécanismes bien au-delà de la simple mémorisation anecdotique.
Côté patrimoine, la ville de Grenoble est particulièrement engagée dans la valorisation de la culture et des arts vivants, un contexte favorable pour redécouvrir des artistes comme Jeanne Moreau. Pour approfondir l’histoire locale et culturelle, le wiki de Grenoble offre de nombreuses pistes de lecture.


