L’article en bref
L’article en bref : L’état de l’art est la fondation intellectuelle indispensable de tout mémoire.
- Une synthèse critique des travaux existants, pas une simple liste de lectures
- Entre 15 et 25 % du mémoire, soit 7 à 12 pages minimum pour justifier votre problématique
- Trois approches principales : thématique, chronologique ou méthodologique
- Des fiches de lecture structurées et des outils numériques (Zotero, Mendeley) pour organiser les références
- Une mise à jour régulière jusqu’à la soutenance pour intégrer les publications récentes
Rédiger une revue de littérature pour un mémoire intimide beaucoup d’étudiants. Pourtant, cette étape est tout sauf accessoire : faire un état de l’art dans un mémoire, c’est poser les fondations intellectuelles de votre travail. Sans elle, votre recherche flotte dans le vide. Selon Alain Jaillet, chercheur en sciences sociales à l’Université de Cergy-Pontoise, l’état de l’art représente un référentiel de connaissances montrant explicitement la dynamique diachronique d’un champ. Autrement dit, c’est votre façon de montrer que vous maîtrisez le terrain avant d’y avancer.
Qu’est-ce qu’un état de l’art et pourquoi est-il indispensable dans votre mémoire ?
Définition et place dans le mémoire
Un état de l’art, aussi appelé revue de littérature ou état des connaissances, est une synthèse organisée et critique des travaux existants sur un sujet précis. Ce n’est pas une simple liste de lectures. C’est une cartographie raisonnée du savoir disponible. Il se positionne généralement après l’introduction et avant la formulation de la problématique, offrant au lecteur le contexte nécessaire pour comprendre les enjeux de votre étude.
En termes de volume, l’état de l’art représente entre 15 et 25 % du mémoire. Pour un mémoire de 50 pages, comptez entre 7 et 12 pages. De façon générale, entre 5 et 10 pages suffisent selon la complexité du sujet. Un mémoire de Master s’appuie idéalement sur une trentaine d’études, avec un minimum absolu de dix ouvrages.
Les fonctions essentielles de la revue de littérature
Cette section accomplit plusieurs missions simultanément. Elle situe votre sujet dans son contexte scientifique, identifie les lacunes de la littérature et atteste l’originalité de votre démarche. Sans elle, le jury ne peut pas évaluer si votre recherche apporte quelque chose de nouveau.
Autre fonction centrale : justifier la problématique. L’état de l’art doit montrer que les réponses actuelles restent insuffisantes, ouvrant ainsi la voie à votre question de recherche. C’est la logique même du travail scientifique : on ne part pas de zéro, on part de là où les autres se sont arrêtés. Si vous préparez également un dossier de demande de financement scientifique, sachez que la qualité de votre revue de littérature y sera aussi déterminante.
Ce que l’état de l’art n’est pas
Erreur fréquente : traiter la revue de littérature comme une phase de documentation classique. La documentation enrichit le chercheur en informations générales. L’état de l’art, lui, synthétise et articule ces informations pour construire un argumentaire. La nuance est décisive. Ne cataloguez pas, analysez.
Méthode concrète pour construire votre synthèse bibliographique étape par étape
Étape 1 : identifier les mots-clés et mener la recherche documentaire
Commencez par lister les concepts centraux de votre sujet, leurs synonymes et les termes propres au champ disciplinaire. Ces mots-clés guideront ensuite vos recherches sur les bases de données académiques. Pour les sciences humaines et sociales, Cairn, Érudit et Persée sont des références essentielles. Pour les disciplines scientifiques ou les travaux en anglais, JSTOR, ScienceDirect, Google Scholar ou IngentaConnect s’imposent.
Le SUDOC, catalogue collectif français des bibliothèques de l’enseignement supérieur, et WorldCat, son équivalent mondial, complètent efficacement ce panorama. Gallica reste utile pour les sources patrimoniales françaises. Notez systématiquement chaque référence dès le départ : un oubli en bibliographie peut coûter cher lors de la soutenance.
Étape 2 : lire de façon critique et constituer des fiches de lecture
Lire ne suffit pas. Il faut lire pour comprendre, questionner et comparer. Pour chaque source, rédigez une fiche synthétique comprenant la référence exhaustive, les idées principales, les limites identifiées et vos propres réflexions critiques. Cet exercice évite la paraphrase et force la prise de recul intellectuelle.
Un logiciel de gestion bibliographique change la vie à ce stade. Zotero, End Note ou Mendeley permettent de stocker, organiser et formatter automatiquement les références selon les normes APA ou Chicago. Mendeley fonctionne même hors connexion après une inscription gratuite. Malgré ces outils numériques, n’abandonnez pas les ouvrages papier : ils structurent la pensée différemment.
Étape 3 : organiser et rédiger avec un fil conducteur logique
Trois approches principales structurent un état de l’art. Le tableau ci-dessous les résume :
| Approche | Principe | Idéal pour |
|---|---|---|
| Thématique | Du général au singulier, par grands thèmes | Sujets transversaux |
| Chronologique | Évolution des travaux dans le temps | Sujets historiques ou en mutation |
| Méthodologique | Par cadres ou méthodes (qualitatif, quantitatif…) | Disciplines empiriques |
Quelle que soit l’approche choisie, la conclusion de votre état de l’art doit faire émerger la problématique. Elle montre que les travaux existants ne répondent pas pleinement à votre question, ce qui légitime votre étude. C’est là que la revue de littérature devient vraiment puissante. Pour les étudiants engagés dans un doctorat en psychologie, cette articulation entre littérature et problématique prend une dimension encore plus stratégique sur plusieurs années de recherche.
Mettre en forme, défendre et actualiser votre état de l’art
Les règles de présentation formelle
La mise en forme doit être sobre et lisible. Optez pour une police académique comme Times New Roman ou Arial en taille 12, un interligne de 1,5 ou 2, des marges standards et un texte justifié. Les pages doivent être numérotées. Les citations répondent aux normes imposées par votre établissement ou directeur de mémoire : vérifiez le format attendu (APA, Chicago…) et appliquez-le rigoureusement et uniformément du début à la fin.
Comme le souligne la rédactrice scientifique Katia Sznicer, les noms d’auteurs, titres d’ouvrages et années d’édition sont des facteurs sensibles. Une erreur dans une référence peut sembler anodine, mais elle érode la crédibilité de l’ensemble du travail.
Défendre sa synthèse bibliographique à l’oral
Lors de la soutenance, le jury n’attend pas que vous récitez votre revue de littérature. Il teste votre capacité à dialoguer avec la connaissance scientifique. Préparez 2 ou 3 points forts à valoriser. Anticipez les critiques possibles et construisez des réponses argumentées. Un diaporama clair, basé sur des mots-clés plutôt que des blocs de texte, aide à structurer la présentation orale.
- Relire attentivement toutes vos fiches et synthèses avant la soutenance
- S’entraîner à voix haute pour ajuster le rythme et la fluidité
- Rester ouvert aux questions sans se braquer, en reformulant si nécessaire
Penser à mettre à jour la revue de littérature avant la soutenance
La recherche avance vite. Une étude publiée six mois avant votre soutenance peut modifier l’équilibre de votre argumentation. Vérifiez systématiquement que votre état de l’art est à jour, surtout dans le cadre d’une thèse dont la rédaction s’étale sur plusieurs années. Ce réflexe de veille scientifique est aussi ce qui distingue un chercheur rigoureux d’un étudiant qui recopie ce qu’il a trouvé en début de parcours.



